L'orgasme du joueur de poker... Que veux-tu, on a la vie sexuelle qu'on peut... ou qu'on mérite !

Le poker est un jeu passionnant, presqu'au sens étymologique du terme : il faut une bonne dose de masochisme (conscient ou non) pour se jeter dans la gueule du loup, y perdre des plumes mais aimer ça quand-même et finalement toujours recommencer. Addictif, certainement : très tentant parce que le succès semble toujours à portée de main, le plaisir du jeu est perpétuellement renouvellé par la diversité des situations, et enfin facilement accessible à la fois intellectuellement (les règles du jeu sont simplissimes), concrètement (les sites web sont nombreux) et financièrement (tu mises ce que tu veux). J'adore trouver de nouvelles dépendances auxquelles m'accrocher, c'est un truc un peu morbide, le mauvais côté de mon cynisme. Alors un jeu aussi prenant, amusant, dépensier, et délicieusement tordu, où tu te retrouves quand-même à filer du fric à un inconnu parce qu'il prétend avoir de meilleures cartes que toi ! Et très vite, ce besoin effréné de jouer, de ressentir encore la délicieuse montée d'adrénaline, je suis en manque... Le bonheur du loser en puissance que je suis.

Bien sûr je ne perds pas tout le temps, non, c'est beaucoup plus vicieux : dès qu'on sait jouer, estimer correctement les situations, on peut statistiquement aussi bien gagner que perdre, et on fait généralement un peu des deux... Sauf qu'il faut avoir une volonté en acier trempé pour s'arrêter à temps : le problème c'est moins l'appât du gain que cet instinct bestial de dominer l'adversaire, l'orgueil stupide de mecs qui jouent à "c'est moi qu'ai la plus grosse". Alors quand tu gagnes, tu te crois fort, tu imposes ta loi en bluffant comme un arracheur de dents, et tu continues puisque ça marche, grisé par les victoires, de plus en plus bêtement, jusqu'au moment inévitable où un autre te nique. À ce moment là, si t'étais malin, tu te calmerais et tu partirais avec ce qui te reste, c'est déjà pas mal. Mais comme un gros crétin, tu prends cette défaite comme un défi à ton intelligence, alors qu'au fond c'est juste ton ego qui réclame vengeance. Devant ton ordinateur, t'insultes l'adversaire qui t'a plumé et tu prends alors encore plus de risques inconsidérés pour te refaire... Bref, on sait comment ça finit.

Pourtant, dans l'absolu, le poker est un jeu très intéressant : bien sûr il y a une part de chance, parfois on gagne parfois on perd, mais les cartes sont rebattues à chaque tour, et à moins d'être superstitieux (c'est vrai qu'on l'est souvent un peu) la chance ne sera jamais le facteur essentiel. Il faut d'abord un peu de technique pour estimer convenablement les risques, mais ce qui donne sa subtilité au jeu c'est évidemment l'aspect psychologique : savoir analyser la façon de jouer des adversaires, et surtout réussir à agir intelligemment malgré tous les facteurs subjectifs qui viennent perturber le jugement. Je le vois comme ça : un jeu où la sérénité est le meilleur atout. Savoir se contrôler, donc parfois se limiter, mais aussi être capable de monter au créneau sans se laisser impressionner. Perdre sans regret et gagner sans fierté, voilà l'idéal.

Et moi, au milieu, fasciné par l'attraction morbide de cette drogue et ce désir inaccessible de détachement et de calme.