Mon parcours scolaire et universitaire lamentable fait de moi un parfait produit de notre merveilleux système d'éducation. Celui-ci fournit un nombre impressionant de branleurs incapables parfaitement adaptés au monde du travail actuel, dans lequel l'incompétence le dispute à l'inefficacité. Je suis donc en mesure de ne pas effectuer avec brio les tâches qui me seront attribuées, grâce à mes talents indiscutables dans le domaine de la procrastination.

Je suis renfermé, antipathique, asocial et souvent agressif. Je suis incapable de communiquer avec qui que ce soit, et d'ailleurs je ne supporte pas les rapports hiérarchiques. Mon instabilité psychologique est flagrante, ce qui me vaut accessoirement un casier judiciaire de taille conséquente. Ma faculté de concentration est absolument dérisoire, je me mets à rêvasser seulement 30 secondes après le début d'une conversation ou d'une tâche quelconque. Mon intelligence est proche de la débilité profonde, mais personne ne s'en aperçoit car je n'essaie jamais de m'en servir.

Enfin, je ne connais bien entendu strictement rien à toutes les compétences que vous exigez pour ce poste. De toute évidence, votre établissement fait partie de ces boîtes où l'on brasse du vent à longueur de journée. J'imagine que vous et vos collaborateurs vous prétendez supérieurs à vos concurrents, alors qu'en fait il n'en est rien : ils sont simplement aussi nuls que vous. Vraisemblablement vous vous gargarisez de mots à la mode tels que "compétitivité", "dynamisme", "à la pointe de la technologie", et toute la panoplie de la terminologie des patrons qui se la jouent. Peut-être même poussez-vous le vice jusqu'à organiser des réunions, voire des déjeuners de travail (mon dieu !), au cours desquels on échange sur le thème de ces concepts parfaitement creux. Laissez-moi vous dire que je suis enthousiaste à l'idée de participer à de telles activités : comme je suis convaincu d'avoir largement le niveau d'imbécilité requis, je ne doute pas que vous étudierez ma requête avec soin.

Dans l'attente de votre réponse, veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mon dégoût le plus profond.