Un jour, alors qu'il avait huit ans, il tomba malade. "Rien de grave", dit le docteur, "c'est juste une petite otite". C'était bien d'être malade, il restait à la maison au lieu d'aller à l'école. C'était comme des vacances, en plus sa maman s'occupait bien de lui. Après il était retourné à l'école, bien sûr. Et puis il était retombé malade, peu de temps après. Et puis encore une fois. Finalement, le docteur a dit d'aller faire une piqûre, "pour être sûr qu'il n'y a rien de grave". La piqûre ça faisait mal, mais il a été très courageux. Quelques temps plus tard, sa maman l'a emmené à l'hôpital, parce qu'il fallait faire encore des examens. Et puis il a fallu rester à l'hôpital.

Il y avait plein de docteurs et d'infirmières, à l'hôpital. Ils étaient gentils. Il y avait presque toujours sa maman ou son papa près de lui, heureusement. C'était quand-même moins bien qu'à la maison. Il aurait préféré être obligé de retourner à l'école. On lui a dit qu'il avait une maladie qui s'appelait la leucémie. Il ne savait pas trop ce que c'était, ça avait l'air quand-même plus sérieux qu'une otite. Mais tout le monde semblait savoir quoi faire pour le soigner, alors il ne s'inquiétait pas trop. Mais il n'aimait pas dormir tout seul dans sa chambre d'hôpital. Et il y avait parfois des piqûres terribles qui font très très mal, dans le dos. Alors là il pleurait vachement, même quand on est courageux celles-ci ça fait pleurer. Et puis une fois il avait fallu faire une opération où on l'avait endormi. Il s'était réveillé avec un pansement sur la poitrine. On lui avait expliqué que c'était un tuyau qui va directement dans une grosse veine près du coeur. C'était pour qu'il n'y ait plus besoin de lui faire des piqûres. Mais il fallait pas y toucher, c'était un peu désagréable et ça grattait.

Les médicaments passaient directement dans le tuyau. De la chimio, ça s'appelait. Il y en avait aussi à avaler de temps en temps. Par moments ça le rendait très malade : il était fatigué, il vomissait. C'était bizarre, ses cheveux tombaient tous seuls, par grosses poignées. Et puis il avait drôlement faim, il voulait toujours un peu plus de purée. Mais ce n'était pas aussi bon que la vraie purée, parce qu'il n'avait plus droit au sel. Les infirmières étaient gentilles. Le matin il y avait souvent la maîtresse de l'hôpital qui venait. Elle lui faisait l'école pour lui tout seul, mais moins longtemps. Le reste du temps il jouait à des jeux avec sa maman. Le soir il regardait la télé avec son papa. Après, son papa lui lisait une histoire. Il lui apportait aussi plein de bandes dessinées, pour lire quand il était tout seul.

Le dimanche, ses soeurs venaient en bas de l'hôpital, sur le petit parking. Elles n'avaient pas le droit de venir le voir en vrai. C'est parce que les enfants ça peut transporter des microbes, on lui avait dit. Alors les autres enfants ne peuvent pas rentrer dans le service. Du coup on ne pouvait que se faire coucou par la fenêtre. L'un des parents en bas avec ses soeurs, et l'autre avec lui dans la chambre. Il était vraiment très triste quand il voyait ses soeurs. Il aurait tellement voulu sortir jouer avec elles, les embêter, les toucher, ou même les embrasser. Elles avaient l'air si petites en bas. Mais il voyait bien qu'elles pleuraient. Elles pleuraient beaucoup, et lui aussi. Toutes leurs larmes coulaient, le dimanche. Et on voyait bien que les parents aussi ils étaient tristes. On se disait que ce serait bientôt fini, que bientôt on serait de nouveau ensemble. Et le dimanche d'après, il faisait signe de la main à ses soeurs à travers la vitre, en pleurant beaucoup. Et celui d'encore après, aussi. Toujours en pleurant, toujours en regardant ses soeurs pleurer. Le dimanche, il trouvait vraiment que la vie, des fois, c'est quand-même un peu dur.