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mercredi 19 septembre 2007

Cette nuit-là

Souvenirs, souvenirs... je me suis souvent demandé ce que ça faisait d'avoir eu une enfance "normale". Est-ce qu'on en garde quand-même des traces marquantes ? C'est bizarre à imaginer pour moi, j'ai l'impression qu'il me manquerait quelque chose. Évidemment je ne veux pas dire que je suis content d'avoir déjà eu mon premier cancer, faut pas déconner... Mais je reconnais que j'ai comme une sorte d'affection pour mes vieilles cicatrices (physiques ou non). C'est du mauvais souvenir mais c'est du souvenir quand-même, ça m'appartient, ça me construit, ça constitue une part de mon identité. J'ai même longtemps cru que mon identité n'était que ça, d'ailleurs. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai le sentiment que je n'aurais pas aimé être celui que j'aurais été sans "ça". C'est sûr qu'il aurait été drôlement différent de moi, ce con. Bref, c'était juste pour dire que je ne porte pas mon histoire comme un poids insupportable, c'est la mienne et elle en vaut bien d'autres. En revanche, j'aimerais savoir m'éloigner de quelques vrais-faux souvenirs encore chauds malgré les années.

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vendredi 27 juillet 2007

Les montgolfières

Dans la suite de ce que je racontais hier, je me souviens d'un rêve qui m'a marqué, dans la période où j'étais malade. C'était avec des motgolfières, des tas de montgolfières. Pour comprendre d'où m'était sortie cette idée c'est assez simple : mes parents nous avaient emmenés, mes soeurs et moi, voir une manifestation qui rassemblait plein de montgolfières (un festival, une compétiton peut-être ?). Je suppose que le spectacle m'avait impressionné, et qu'il avait eu lieu pas très longtemps avant.

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lundi 9 juillet 2007

Handicap

Je me souviens de l'entretien avec le radiologue. Un brave type : il avait tenu à m'expliquer les effets secondaires de la radiothérapie malgré mon jeune âge, certainement par conscience professionnelle. Mon souvenir est flou, d'autant plus que je n'étais sans doute pas au mieux de ma forme au moment de l'entretien, probablement sous chimio. Mais je me rappelle sa gêne, et ses efforts louables pour m'expliquer ces choses d'adulte, pas faciles à faire comprendre à un gamin d'une dizaine d'années. Imagine : non seulement il y a le problème d'aborder des questions d'ordre sexuel avec un gosse, mais en plus le gamin devant toi, tout sage et attentif, tu te doutes qu'il ne se sent pas très concerné : pour le moment guérir d'une leucémie ça suffit à son horizon, il n'en est pas encore vraiment rendu à envisager sa vie d'adulte, ça doit lui sembler un peu lointain.

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lundi 18 juin 2007

Myélogramme

Cela fait un certain temps que je vois arriver sur ce blog pas mal de gens qui arrivent ici en cherchant "miellogramme". Donc ça fait un certain temps que je me dis qu'il faut que j'en parle, ne serait-ce que pour renvoyer vers une source d'information sérieuse. Alors première information : ça ne s'écrit pas "miellogramme", mais plutôt "myélogramme" (en fait je faisais moi aussi la faute, y compris ici). Ceci devrait aider les égarés qui cherchent des informations d'ordre médical, puisqu'avec cette orthographe on peut aller se renseigner . Inutile de vous dire que vous n'aurez pas l'aspect médical sur ce blog : ma contribution à moi, ça ne peut être que le souvenir que ça laisse dans la tête d'un môme d'une dizaine d'années.

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mardi 24 avril 2007

Vieille camarade

Ce soir j'ai peur. Elle arrive comme ça, il suffit d'un rien, de rien en fait. Comment décrire cette peur ? Ce n'est pas une peur étouffante, qui entoure, qui oppresse. Non, c'est une peur invisible, rapide, perçante. elle me donne des coups brefs, brusques, mais pas très forts. comme si elle jouait autour de moi et s'amusait à foncer vers moi pour me bousculer, toujours du côté où je ne l'attends pas. Je ne la vois pas, je ne comprends pas, il n'y a rien pour me protéger. Je cherche un abri mais il n'y a rien, comme dans un cauchemar. Aujourd'hui j'essaie de comprendre. De quoi ai-je peur, au fond ?

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jeudi 4 janvier 2007

Mon fantôme

Me sens pas terrible ce soir. Une petite angoisse sournoise qui s'invite. Je ne l'ai pas vue arriver et tout à coup elle est là : je me demande ce qui ne va pas, pourquoi ce léger mal de ventre, pourquoi cette sensation de froid pas vraiment physique, pourquoi ce manque d'entrain soudain, et puis je ressens cette peur sourde, ce courant d'air, pourtant pas très fort, qui me vide doucement la tête. J'ai peur. Sans comprendre, je ressens le besoin de serrer une main, serrer très fort comme pour s'accrocher. Alors je reconnais le souvenir, tellement vivace malgré les nombreuses années qui m'en séparent aujourd'hui.

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vendredi 22 septembre 2006

Apprentissage

C'est un test assez connu : on donne un même cours et un même exercice à deux groupes d'élèves distincts. Dans l'un des deux groupe, les élèves sont particulièrement encouragés, valorisés, félicités, mais pas dans l'autre. Le résultat est clair : bien que les conditions concrètes de travail soient identiques, le taux de succès du groupe encouragé est nettement meilleur que celui de l'autre groupe. Réciproquement, ce mécanisme assez évident est l'une des principales causes de l'échec scolaire. Un enfant dont on ne valorise pas assez les qualités, les compétences, risque de se croire "mauvais". Cela diminue sa confiance en lui, il craint de se tromper, il craint de ne pas pouvoir comprendre, donc il évite de poser des questions à l'enseignant, et ne cherche pas réellement la solution parce qu'il s'en croit incapable. Cela s'appelle un complexe et c'est une source infinie de problèmes, puisque le complexe se nourrit très bien lui-même : je ne suis pas capable, donc je ne fais pas, donc je rate, donc je ne suis vraiment pas capable, etc.

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jeudi 24 août 2006

Le coup du miroir

Cela faisait déjà quelques semaines que j'étais hospitalisé. C'était la première hospitalisation, j'avais huit ans. j'avais droit au traitement classique, chimio, corticoïdes et tout. Je n'avais évidemment pas le droit de sortir de la chambre, supposée stérile (elle ne l'était pas réellement en fait, j'apprendrais plus tard ce qu'est une bulle stérile). Je pouvais voir passer les gens dans le couloir, les infirmières, les médecins, les visiteurs, et les autres gosses malades (seulement ceux qui pouvaient sortir, évidemment). Et tous ces enfants que j'apercevais avaient d'étranges points communs : ils étaient plutôt enveloppés, avaient le visage bouffi, et surtout pas ou très peu de cheveux.

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samedi 1 juillet 2006

Les dimanches

Il était une fois un petit garçon qui vivait heureux avec sa famille. Souvent il jouait avec ses deux petites soeurs, ensemble ils inventaient des tas de jeux. Son papa leur lisait des histoires le soir avant qu'ils aillent dormir. Certains jours, sa maman leur faisait de bons gâteaux. Comme tous les enfants, il allait à l'école. Il s'appliquait en classe pour apprendre des choses, et il aimait jouer avec ses amis à la récréation. Il arrivait parfois que sa maman soit énervée, que son papa soit malade, ou qu'il se dispute avec ses soeurs. Mais la vie était somme toute plutôt agréable, pour lui comme pour beaucoup beaucoup d'enfants insouciants à travers le monde.

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lundi 8 mai 2006

La pluie

J'aime la pluie. Je pourrais l'aimer rien que parce que la plupart des gens ne l'aiment pas, mais ce n'est pas pour ça. Ce n'est d'ailleurs pas si original que cela. Ce goût un peu déraisonnable, je l'ai rencontré ici ou là, chez des personnes du monde réel ou d'un autre, dans des romans par exemple. Il y a alors toujours ce petit sentiment de complicité, comme si on partageait là un tout petit morceau de sagesse inaccessible au plus grand nombre. Car le plus grand nombre qualifie de mauvais le temps lorsqu'il est à la pluie, et s'en plaint comme d'une fatalité. On lui accorde seulement comme circonstance atténuante sa nécessité à la survie des plantes en général, celle des fruits et légumes en particulier, et accessoirement celle des agriculteurs.

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